
Vie chère au Gabon : quand une phrase d’Alain-Claude Bilie By Nzé est sortie de son contexte. Photo: Droits réservés/Gabon Intelligent
Dans un texte de mise au point, Thérèse Nguema, porte-parole de Ensemble pour le Gabon, revient sur une controverse née après les assises nationales sur la vie chère. Elle entend rétablir le sens exact des propos tenus par l’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie By Nzé, dont une déclaration a été, selon elle, déformée et instrumentalisée dans l’espace public.
Je prends la plume aujourd’hui pour revenir sur une controverse qui, depuis plusieurs mois, pollue inutilement le débat public. À la suite des assises nationales sur la vie chère, tenues le 13 avril 2023, une phrase a été attribuée au Premier ministre de l’époque, Alain-Claude Bilie By Nzé : « les Gabonais vivent au-dessus de leurs moyens ». Cette formule a circulé, s’est imposée, a suscité colère et incompréhension. Pourtant, elle ne correspond ni aux mots prononcés, ni à l’intention de celui à qui on la prête.
Je souhaite donc, en tant que porte-parole de Ensemble pour le Gabon, rétablir les faits et remettre cette polémique à sa juste place.
Cette phrase n’a jamais été prononcée. Elle est née d’un raccourci, d’une interprétation réductrice, puis d’une amplification médiatique qui a fini par transformer une réflexion économique nuancée en un jugement moral supposé porté sur les ménages gabonais.
Ce qui a réellement été dit
Lors de la clôture des assises, le Premier ministre a abordé un sujet qu’il a lui-même qualifié de sensible : celui des habitudes de consommation. Il a posé une question, rien de plus.
Lors de la clôture des assises, le Premier ministre a abordé un sujet qu’il a lui-même qualifié de sensible : celui des habitudes de consommation. Il a posé une question, rien de plus. Une interrogation prudente, entourée de précautions, sur l’existence possible de certains comportements, en marge de la réalité bien connue de la cherté de la vie. Il a d’ailleurs immédiatement souligné le risque d’une lecture morale de ce propos.
Il n’a jamais affirmé que les Gabonais vivaient au-dessus de leurs moyens. Il n’a jamais stigmatisé les ménages. Il n’a jamais nié les difficultés bien réelles auxquelles ils sont confrontés. Sortir cette réflexion de son contexte pour en faire une sentence est une déformation du propos initial.
Une analyse économique, pas un procès des citoyens
Ce qui était au cœur de son intervention, je tiens à le rappeler, c’était une analyse des mécanismes structurels de la vie chère. Il a été question d’endettement des ménages, de formation des prix, de marges excessives, de circuits d’importation, de pratiques spéculatives, mais aussi de l’écart grandissant entre des revenus qui stagnent et un coût de la vie qui augmente.
L’objectif était clair : comprendre les dysfonctionnements pour mieux les corriger. Pas désigner des coupables, encore moins pointer du doigt les citoyens.
Une responsabilité collective à assumer
La lutte contre la vie chère ne peut reposer sur un seul acteur. C’est un combat collectif. Les pouvoirs publics ont leur rôle à jouer, tout comme les opérateurs économiques, les importateurs, les distributeurs et, oui, les consommateurs.
La lutte contre la vie chère ne peut reposer sur un seul acteur. C’est un combat collectif. Les pouvoirs publics ont leur rôle à jouer, tout comme les opérateurs économiques, les importateurs, les distributeurs et, oui, les consommateurs. Non pas dans une logique de culpabilisation, mais dans une démarche de responsabilité partagée.
Le message porté ce jour-là visait à rappeler cette évidence : sans transparence, sans régulation, sans maîtrise des marges et sans réforme des circuits d’approvisionnement, aucune politique durable ne pourra soulager les ménages gabonais.
Une polémique fondée sur un contresens
Attribuer au dernier Premier ministre du président Ali Bongo Ondimba une phrase qu’il n’a jamais prononcée, c’est brouiller le débat public et détourner l’attention des véritables enjeux.
Attribuer au dernier Premier ministre du président Ali Bongo Ondimba une phrase qu’il n’a jamais prononcée, c’est brouiller le débat public et détourner l’attention des véritables enjeux. Une indignation construite sur un contresens affaiblit la réflexion collective au lieu de l’enrichir.
La vraie question n’est pas de juger les comportements individuels. Elle est de savoir comment agir efficacement sur les mécanismes économiques qui pèsent, chaque jour, sur le pouvoir d’achat des Gabonais. C’est à cette condition que le combat contre la vie chère pourra être mené avec sérieux, justice et efficacité.