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« Soutenir une grève n’est pas un crime » : Francis Hubert Aubame à propos de l’arrestation de Marcel Libama
Publié le : 24 janvier 2026 à 16h29min | Mis à jour : il y a 1 semaine
« Soutenir une grève n’est pas un crime » :  Francis Hubert Aubame à propos de l’arrestation de Marcel Libama. Photo: Droits réservés/Gabon Intelligent

« Soutenir une grève n’est pas un crime » : Francis Hubert Aubame à propos de l’arrestation de Marcel Libama. Photo: Droits réservés/Gabon Intelligent

Le 21 janvier 2025, Marcel Libama et Simon Ndong Edzo ont été arrêtés pour avoir soutenu le mouvement de grève de SOS Éducation. Dans une tribune au ton grave, Francis Hubert Aubame, président du Parti Souverainistes-Écologistes, dénonce une dérive autoritaire du pouvoir gabonais, accusé de criminaliser l’expression syndicale et de détourner la notion de « trouble à l’ordre public » pour restreindre des libertés pourtant garanties par la Constitution et les engagements internationaux du Gabon.


L’arrestation, le 21 janvier 2025, de Marcel Libama, ancien député de la transition, et de Simon Ndong Edzo marque un tournant préoccupant dans la trajectoire politique du Gabon post-août 2023. Tous deux ont été interpellés puis présentés au procureur pour avoir affiché leur soutien au mouvement de grève porté par SOS Éducation. Une procédure qui interroge lourdement : depuis quand soutenir une grève légale relève-t-il de l’infraction pénale ?

Derrière cette affaire, c’est la dérive d’un pouvoir de transition qui se dévoile. Sous couvert de « trouble à l’ordre public », notion juridiquement floue et extensible à l’infini, les autorités semblent criminaliser l’expression d’une solidarité syndicale pourtant garantie par la Constitution et par les engagements internationaux du Gabon. Loin d’un simple fait divers judiciaire, cette arrestation pose une question centrale : la transition gabonaise respecte-t-elle réellement les libertés fondamentales qu’elle proclame ?

Le soutien exprimé par Marcel Libama et Simon Ndong Edzo s’inscrit pleinement dans ce cadre. Il relève de la liberté d’expression, de la liberté syndicale et du droit, pour tout citoyen, de participer au débat public. Aucun texte pénal gabonais ne réprime le fait de soutenir une grève légale ou de critiquer une politique

Un mouvement social légitime pris pour cible

Le mouvement SOS Éducation est né d’un constat partagé par de nombreux enseignants et parents : dégradation des infrastructures scolaires, retards de salaires, classes surchargées, pénurie de moyens pédagogiques. La grève, dans ce contexte, constitue un droit constitutionnel et un mode d’expression démocratique face à l’échec des politiques publiques éducatives.
Le soutien exprimé par Marcel Libama et Simon Ndong Edzo s’inscrit pleinement dans ce cadre. Il relève de la liberté d’expression, de la liberté syndicale et du droit, pour tout citoyen, de participer au débat public. Aucun texte pénal gabonais ne réprime le fait de soutenir une grève légale ou de critiquer une politique gouvernementale. En droit strict, le principe fondamental de légalité — nullum crimen, nulla poena sine lege — rend ces poursuites difficilement défendables.

Un État de droit à géométrie variable

La contradiction est flagrante. D’un côté, la Constitution du 19 décembre 2024 et les traités internationaux ratifiés par le Gabon proclament la protection des libertés publiques : expression, réunion, manifestation, droit syndical, droit de grève. De l’autre, subsistent des dispositifs répressifs imprécis, permettant à l’autorité administrative et judiciaire de poursuivre au nom de notions vagues : « atteinte à l’ordre public », « incitation à la désobéissance », « provocation aux attroupements ».

La contradiction est flagrante. D’un côté, la Constitution du 19 décembre 2024 et les traités internationaux ratifiés par le Gabon proclament la protection des libertés publiques : expression, réunion, manifestation, droit syndical, droit de grève. De l’autre, subsistent des dispositifs répressifs imprécis, permettant à l’autorité administrative et judiciaire de poursuivre au nom de notions vagues : « atteinte à l’ordre public », « incitation à la désobéissance », « provocation aux attroupements ».
Cette dualité nourrit un État de droit de façade. Les libertés existent sur le papier, mais peuvent être neutralisées à tout moment par une interprétation opportuniste de textes répressifs. L’affaire Libama-Ndong Edzo illustre cette dérive : aucun fait matériel délictueux clairement caractérisé, mais une procédure engagée pour faire taire des voix jugées dérangeantes.

Une répression politiquement contre-productive

Au-delà du droit, la stratégie est politiquement risquée. En s’attaquant aux soutiens du mouvement enseignant, le pouvoir ne désamorce pas la crise ; il l’amplifie. La répression renforce la solidarité autour des grévistes, élargit la contestation et ternit l’image d’un régime qui s’était engagé à rompre avec les pratiques autoritaires du passé.
Le CTRI avait promis le dialogue, la réconciliation nationale et le respect des droits fondamentaux. L’arrestation de syndicalistes et de leurs soutiens pour des opinions exprimées publiquement apparaît comme la négation même de ces engagements. Elle alimente l’idée d’une transition qui reproduit, sous un autre vocabulaire, les méthodes d’hier.

Le faux prétexte du « trouble à l’ordre public »

La question centrale demeure : qui trouble réellement l’ordre public ? Est-ce celui qui réclame des salaires dus aux enseignants, des écoles dignes et des conditions d’apprentissage acceptables ? Ou celui qui laisse le système éducatif se déliter, détourne les fonds publics et répond aux revendications sociales par l’intimidation et les arrestations ?
En réalité, le véritable désordre naît de l’incapacité du pouvoir à assumer ses responsabilités régaliennes. Le recours systématique à la répression devient alors un aveu d’impuissance politique, masqué derrière un discours de fermeté juridique.

Un précédent lourd de menaces

L’histoire gabonaise est jalonnée d’arrestations de syndicalistes, d’opposants et de journalistes. La Vᵉ République devait rompre avec cette tradition. En poursuivant Marcel Libama et Simon Ndong Edzo, elle la perpétue. Pire : elle crée un précédent dangereux. Aujourd’hui, soutenir une grève. Demain, critiquer une politique publique. Après-demain, exprimer un désaccord sur les réseaux sociaux.

L’histoire gabonaise est jalonnée d’arrestations de syndicalistes, d’opposants et de journalistes. La Vᵉ République devait rompre avec cette tradition. En poursuivant Marcel Libama et Simon Ndong Edzo, elle la perpétue. Pire : elle crée un précédent dangereux. Aujourd’hui, soutenir une grève. Demain, critiquer une politique publique. Après-demain, exprimer un désaccord sur les réseaux sociaux.
C’est toujours ainsi que commencent les dérives autoritaires : par la répression des voix les plus visibles, avant l’étouffement progressif de toute expression citoyenne.

Une exigence claire : la libération immédiate

Sur le plan juridique, rien ne justifie la détention de Marcel Libama et Simon Ndong Edzo. Aucune infraction pénale caractérisée, une atteinte manifeste aux libertés constitutionnelles, une détention préventive disproportionnée.

Sur le plan juridique, rien ne justifie la détention de Marcel Libama et Simon Ndong Edzo. Aucune infraction pénale caractérisée, une atteinte manifeste aux libertés constitutionnelles, une détention préventive disproportionnée. Sur le plan politique, leur libération est un test de crédibilité pour le pouvoir de transition. Sur le plan social, leur maintien en détention ne peut qu’aggraver la fracture entre l’État et la société civile.
L’affaire dépasse deux hommes. Elle engage l’avenir démocratique du Gabon. Un pays qui emprisonne ceux qui défendent son école prend le risque d’hypothéquer son futur.
La jeunesse observe.
La société civile s’interroge.
Et, tôt ou tard, l’histoire tranchera.