Partis politiques

Les Gabonais et les chiffres : une tragédie nationale

Il y a au Gabon une relation étrange, presque inquiétante, avec les chiffres. Une relation qui dépasse désormais le simple cadre du mensonge pour entrer dans celui de la fiction assumée.
Soyons clairs : en matière économique, les chiffres comportent toujours une part d’estimation. On parle de fourchettes, d’hypothèses hautes ou basses. Mais lorsque les chiffres sortent totalement de ces repères, il ne s’agit plus d’approximation… il s’agit d’une rupture avec la réalité.
Et c’est bien là le problème.

Les Gabonais et les chiffres : une tragédie nationale

Au Gabon, une partie de l’élite politique et administrative semble entretenir un rapport profondément conflictuel avec les chiffres. Chaque fois qu’ils sont avancés, ils surprennent, interrogent… et souvent discréditent.

Prenons un exemple concret : la Loi n°016/2025 du 27 juin 2025 relative aux partis politiques.
À sa lecture, une impression domine : celle d’un texte conçu non pas pour organiser la vie politique, mais pour en restreindre l’accès.

Prenons un exemple concret : la Loi n°016/2025 du 27 juin 2025 relative aux partis politiques.
À sa lecture, une impression domine : celle d’un texte conçu non pas pour organiser la vie politique, mais pour en restreindre l’accès.
10 000 militants : un chiffre venu d’ailleurs
L’article 72 impose un seuil de 10 000 militants pour la légalisation d’un parti politique.

Mais ce chiffre correspond à quoi, exactement ?

Un parti politique est censé être un instrument d’animation de la vie démocratique, un espace d’idées, un vecteur de conquête du pouvoir. Il se construit progressivement : des sympathisants, puis des militants.
Mais au Gabon, on exige d’emblée un niveau d’adhésion que même les réalités électorales ne justifient pas.
La réalité des urnes
Regardons les faits.

Dans plusieurs circonscriptions du pays, des députés sont élus avec des scores très modestes :
• 513 voix à Douya-Onoye
• 595 voix dans l’Ogooué et Lacs
• 642 voix à Mougoutsi
• 833 voix à Ogoulou
• 985 voix à Tsamba-Magotsi
Aucun député dans ces zones n’atteint 1000 voix.

Certains maires de petites communes comme Mbigou, Mabanda, Mitzic ou Mimongo sont élus avec moins de 2 000 voix.
Alors une question simple s’impose : d’où sort ce seuil de 10 000 militants ?
Quand les chiffres deviennent un marché
La conséquence est prévisible.
Dans un pays où la participation politique est souvent conditionnée à des incitations matérielles :
• 5 000 francs,
• un sandwich,
• un tee-shirt
Prétendre disposer de 20 000 ou 18 000 adhérents relève davantage de l’affichage que de la réalité.
Tout le monde le sait.
Ces chiffres ne traduisent pas une adhésion idéologique, mais une capacité financière.
Ainsi, la politique devient un marché :
• ceux qui ont les moyens achètent des adhésions
• les autres disparaissent

Une loi qui élimine plutôt qu’elle n’organise

Le MESP de MOUANG MBADING, le MORENA de BENGONE NSI, le PGP MOUITY NZAMBA risquent de basculer dans l’illégalité, non pas faute d’idées ou de légitimité, mais faute de moyens financiers.
Certains diront qu’il y a trop de partis politiques.

Des partis historiques comme :
Le MESP de MOUANG MBADING, le MORENA de BENGONE NSI, le PGP MOUITY NZAMBA risquent de basculer dans l’illégalité, non pas faute d’idées ou de légitimité, mais faute de moyens financiers.
Certains diront qu’il y a trop de partis politiques.
Mais en quoi est-ce un problème ?
Les partis ne sont pas financés par l’État. Et s’il fallait réguler : il suffisait de conditionner certains avantages (financement, participation aux concertations) à des critères objectifs comme le nombre d’élus. Pas d’imposer un seuil arbitraire.

Le ridicule par la comparaison

En France, le parti Europe Écologie Les Verts dirige de grandes villes comme Lyon ou Bordeaux, dans un pays de 67 millions d’habitants… avec à peine 15 000 adhérents.

Le contraste devient saisissant lorsqu’on regarde ailleurs.
En France, le parti Europe Écologie Les Verts dirige de grandes villes comme Lyon ou Bordeaux, dans un pays de 67 millions d’habitants… avec à peine 15 000 adhérents.
Et au Gabon, pays de 2,6 millions d’habitants, certains partis revendiquent 20 000 membres ?
Qui peut sérieusement y croire ?

Une perte de crédibilité collective

Le problème dépasse la politique.
À force de manipuler les chiffres, on finit par perdre toute crédibilité. On donne l’image d’un pays incapable de se confronter à la réalité.
Comment croire :
• à des partis de 20 000 membres,
• ou à des annonces de 163 000 emplois créés en un an,
dans un pays qui peine à en générer 2 000 ?

Urgence de lucidité

Ceux qui ont les moyens atteindront les 10 000 adhérents exigés. Mais personne ne sera dupe.
Car au fond, ce n’est pas la loi qui est en cause, mais le rapport que nous entretenons avec la vérité.
Il est temps que notre élite cesse de jouer avec les chiffres. Non pas pour faire plaisir, mais pour restaurer une chose essentielle : la crédibilité.
Car un pays qui ne respecte pas ses propres chiffres finit toujours par perdre le respect des autres… et de lui-même.

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